Coeurs
de sang. Aéroport de Zurich, Allemagne
Elle se gratta l'oreille
et regarda un client par dessus ses lunettes d'artiste à monture rouge carmin. Cheveux de neige, sveltesse d'adolescente, elle rangeait ou plus exactement elle effleurait quelques bibelots sur une étagère. A l'arrière fond des montres énormes, sortes de grandes méduses molles indiquaient toutes 4h25.
En vérité, elle s'ennuyait. Et l'on pouvait facilement le comprendre. Rester huit heures par jour dans cette boîte de bonbons, sous la lumière des néons au sous-sol d'un aéroport n'avait rien d'enviable. Elle déplaçait pour la centième fois les peluches multicolores, les vases tarabiscotés, les bougies parfumées, les montres réveils, les sauts à champagne, les lampes exotiques, les cadres fantaisie où s'exhibaient des couples enlacés sous le soleil couchant.
Elle avait suspendu partout dans le magasin, de gros coeurs rouges en velours. On ne voyait qu'eux dans la boutique
, énormes poches de sang prêtes à éclater. Ca serait du propre si ça arrivait, il faudrait tout nettoyer, de quoi s'occuper pour de vrai pendant des jours entiers.
Son regard se posa par hasard sur une paire de JUX
Pantoffel, deux énormes pattes de monstres en fourrure synthétique jaune citron munies de griffes rouge vif "pour avoir toujours chaud aux pieds" précisait l'affichette. Elle s'imagina sortant du magasin chaussée de telles horreurs ou bien se transformant progressivement en être hideux et obscène. Car son magasin ne lui inspirait rien d'autre que celà, du dégoût et de l'écoeurement, mais ici, on était pas au cinéma
.</P>
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