La tarte à l'abricot

 


La tarte à l'abricot (Veynes, France 1968)

 

 

J'ai dix ans.

La 404 dévale la pente, les graviers crissent, nous voilà !

Dans son jardin, notre grand-père relève le bord effiloché de son chapeau de paille, plisse le nez et se hâte de quitter ses rangées de haricots.
Jeannette, notre grand-mère surgit du salon, traversant comme par magie les rideaux de nylon blanc qui empêche les mouches de rentrer.

- Hé ! bonjour les petits ! Vé, comme ils ont grandi !

Ses bras chauds et mous nous emprisonnent contre sa poitrine. Elle sent le gâteau .
Embrassades sous le tilleul, cette grand-mère là ne mourra jamais, la mort on la fera disparaître rien que pour elle, rien que pour nous, on sera magique, simplement parce nous sommes heureux et que le bonheur est plus fort que tout, qu'il déborde, qu'il ne doit pas avoir de fin.

La mort de ma grand-mère est ce que j'appréhende le plus au monde.

Si celà devait arriver, je crois que je mourrai aussi. Je serai si démunie, si orphelien que je n'aurais rien ni personne dorénavant à qui me raccrocher.

Mémé, tu es si jeune, encore... Je mords dans ta délicieuse tarte à l'abricot comme pour mieux absorber ta bonté.