Le convoi

 


Le convoi

 

A la sortie de la gare, il n’y avait ni ville ni village.

- Merde, me dis-je tout haut, je me suis trompée d’arrêt.

Et le train déjà qui disparaissait…
Le prochain ne passant pas avant le lendemain, j’analysai facilement la situation. Deux solutions s’offraient à moi. Rester à la gare et dormir là, mais il n’y avait strictement rien,  pas même un distributeur de boissons ou bien sortir et me mettre à marcher. J’optai pour la deuxième solution. Après tout, je rencontrerai bien quelqu’un et faire du stop ne n’effrayai pas.

La route est étroite, absolument droite. Uniformément  grise, bordée de hautes herbes. Des escargots y sont perchés, en attente d’une pluie improbable.  
Heureusement, mon sac ne pèse pas lourd, je le porte à la manière d’un sac à dos et les mains dans les poches de mon imperméable, je poursuis ma marche d’un pas décidé.

A midi, j’ai enfin parcouru la longue ligne droite et me retrouve dans un bois. Je n’ai rencontré absolument personne. Seuls quelques oiseaux furètent dans les branches.
Je m’efforce de rationaliser : cette marche me fait le plus grand bien, moi désormais trop sédentaire et puis toutes les routes mènent quelque part, non ?
Après le bois, je passe devant un étang, puis traverse une longue plaine. Pas de vache, pas de mouton, plus un seul oideau. Rien d’autre que du silence.

Soudain, victoire ! derrière moi, un bruit de moteur. Je me retourne et aperçois le conducteur. Il a un visage hilare, une casquette enfoncée au dessus des yeux.
Je me jette littéralement devant ses roues en faisant de grands signes. Il faut qu'il s'arrête, cela fait maintenant plus de huit heures que je marche ainsi, j’ai mal aux pieds et je suis affamée.
Il s’arrête à mon niveau et manoeuvrant un vieux levier circulaire ouvre la porte. Son sourire est radieux, mon soulagement incomparable. Curieusement je le vois se lécher les babines. Je remarque alors deux grandes canines sous sa moustache fournie.

A l’intérieur du bus, une vingtaine de petits porcelets se mettent à grogner en remuant les oreilles. Le chauffeur toujours hilare m’indique une place vacante au deuxième rang.

Je m'assois.
Le bus démarre.