Le gateau d'anniversaire (Vizille, France 1963)
J'ai cinq ans.
Sais-tu que l'on peut tomber amoureux très tôt ?
Je suis tombée amoureuse de Francis à l'âge de quatre ans. Nous étions ensemble à l'école maternelle et quand nous étions parvenus à nous faire punir et exclure ensemble de la classe, nous nous retrouvions dans la cour et nous jouiions à poursuivre les pigeons.
Il me faisait des cheveux bleus avec les hampes fleuries des glycines, je le remerciais d'un hochement de tête, il était à mon service, page et prince à la fois.
Pour fêter mes cinq ans, je l'invitais. Je me souviens très bien de sa chemise ce jour là, une chemise à petis carreaux blancs et verts. De toute la tablée, c'était lui le plus beau, le seul garçon invité. Nous avions décidé de ne jamais nous séparer, mais n'envisagions pas de nous marier, puisque pour moi, mon futur mari, c'était papa.
Le gâteau arriva, superbe, avec ses cinq bougies lumineuses. Les flammes montaient droit, je les regardais, fascinée. Il fallait souffler maintenant, les autres s'impatientaient. Moi, je ne voulais pas. J'attendais que la cire fonde, que les bougies rapetissent, que ces petites tâches bleues se mettent à crépiter, qu'il se passe quelques chose un fois les bougies consommées...
Soudain, un grand souffle tomba sur le gâteau
. Toutes les bougies s'éteignirent d'un coup. Leurs têtes squelettiques se mirent aussitôt à fumer et à sentir mauvais : Francis avait soufflé MES
bougies !
J'étais époustoufflée, il n'avait rien compris et en plus il m'avais bafouée devant tout le monde ! Mes parents, gênés ne savaient trop que faire, eux aussi surpris par tant de hardiesse. Maman ralluma aussitôt les bougies et je les soufflais à mon tout, mais le charme était rompu.
Une année plus tard, je rejoignais Francis à la sortie de l'école, nous étions tous les deux au cour préparatoire, mais pas dans la même classe, car les filles et les garçons étaient séparés. J'avais trouvé un splendide escargot et le lui montrais, triomphante. L'escargot bavait et commençaot à sortir ses cornes. Francis exigea que je le lui donne. Je refusais, cet escargot était à moi, c'était moi qui l'avais trouvé sous les feuilles, derrière la volière. Francis insistait, ses yeux noisette pétillaient de colère.
J'ai alors revu en un éclair le scène de l'anniversaire. J'ai saisi l'escargot par les côtés et l'ai enfourné tout entier dans la bouche de Francis. Ensuite, jai détourné la tête et me suis enfuie en courant chez moi.
Je m'étais vengée