Le médicament

 


Le médicament. Pushkar, Inde

 
Elle s'assoit sur le lit du malade et la forme de son corps disparaît dans les plis de son sari couleur caramel. Elle dénoue un sac en plastique et sort quelques tablettes de médicament.
Avec un gros coupe-ongle, elle tranche un comprimé de la grosseur d'une aspirine en deux parties égales. L'autre comprimé est plus gros et plus rond, il résiste à la lame. Alors elle se redresse, s'extirpe des plis et d'un mouvement las s'assoie au bord du lit. Du bout de son gros orteil, elle attrape l'une après l'autre ses tongues laissées au sol et après une longue inspiration, qui ressemble plutôt à un long soupir, elle se lève. Saisit sans regarder un petit canif posé depuis toujours sur la tablette de l'unique fenêtre de la chambre et se dirige, le pas lourd vers le seuil. Elle s'accroupit, épousette quelques centimètres carrés et pose le comprimé sur la première marche, usée par le passage des gens et des années. Elle pose la lame sur le comprimé et d'un coup sec, le coupe en deux.
Elle retourne dans la pénombre de la chambre où l'attend le malade. Sans un mot elle pose dans sa main pâle les deux demi comprimés. Il les avale, sans prononcer un mot.
Geste rituel effectué chaque soir, de la femme à son mari malade.